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Le passé – un héritage diplomatique 2006 : Lettre ouverte au Président de la République Française

Objet : Retrait de la Grand-Croix de la Légion d’honneur à Vladimir Poutine

Monsieur le Président de la République,
Il est des héritages diplomatiques qui, forgés avec les paradigmes d’une époque révolue, se transforment au fil du temps en de tragiques fardeaux moraux.

En 2006, lorsque le Président Jacques Chirac a pris la décision d’élever Vladimir Poutine à la dignité de Grand-Croix de la Légion d’honneur — le grade le plus élevé et le plus prestigieux de cet ordre —, nul ne pouvait anticiper avec certitude la dérive totalitaire et meurtrière dans laquelle cet homme plongerait l’Europe quelques années plus tard.

L’Histoire a ses zones d’ombre, mais le présent exige de nous une clarté absolue. Aujourd’hui, la complaisance n’est plus permise. Vladimir Poutine n’est plus seulement un dirigeant belliqueux ou un adversaire géopolitique ; il est un repris de justice à l’échelle mondiale. Il est sous le coup d’un mandat d’arrêt émis par la Cour Pénale Internationale, un mandat pleinement valable et exécutoire sur le territoire de la République française, qui l’inculpe formellement pour des crimes de guerre.

Parmi ces crimes, il en est un qui dépasse l’entendement par sa cruauté méthodique : la déportation massive et le vol d’enfants ukrainiens.

Monsieur le Président, arracher des enfants à leurs parents, à leur culture et à leur patrie n’est pas un simple dégât collatéral de la guerre. C’est l’acte le plus abject qui soit. C’est une stratégie de destruction massive de l’âme d’une nation, une tentative d’effacement d’un peuple par l’assimilation forcée de sa jeunesse. C’est une meurtrissure inqualifiable infligée à des innocents. Maintenir les liens symboliques de la France avec l’architecte de cette atrocité est une insulte à la mémoire et à la souffrance de ces familles déchirées.

La Légion d’honneur n’est pas un simple bout de ruban rouge. Depuis sa création, elle incarne le courage, la droiture, et la défense des valeurs universelles qui font la grandeur de la France. Elle a été portée par des héros, des résistants, des bâtisseurs de paix. Laisser la plus haute distinction de la République sur le buste d’un individu traqué par la justice internationale souille cet héritage. C’est une tache sur notre blason national et une arme rhétorique laissée aux mains de ceux qui orchestrent la désinformation et tentent de prouver que l’Europe a perdu sa boussole morale.

L’Ordre de la Légion d’honneur prévoit dans son code de stricte discipline la possibilité de retirer cette distinction à quiconque s’en rend indigne par des actes contraires à l’honneur. La France a d’ailleurs su, par le passé, engager ces procédures de radiation avec courage et fermeté pour des individus ayant failli à leurs devoirs moraux et pénaux.

Aujourd’hui, l’urgence est criante. Au nom de la dignité humaine, au nom du respect absolu de la justice internationale, et pour l’intégrité même des valeurs républicaines de la France, je vous exhorte à engager immédiatement la procédure de retrait de la Grand-Croix de la Légion d’honneur attribuée à Vladimir Poutine.

L’Histoire jugera ceux qui ont commis ces crimes, mais elle retiendra également le nom de ceux qui ont eu le courage de les dénoncer et de rompre définitivement avec l’inacceptable.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute et respectueuse considération.

Paul Manandise,

Chef du département de l’influence internationale au Centre d’information et d’analyse de la sécurité nationale de l’Ukraine